Institut du Renseignement
Centre d'Etudes du Terrorisme

8 février 2005
   
   
 
L'incitation palestinienne à l'ère Abu Mazen – Aperçu
 
(exact au 8 février 2005)
 

Message principal

L'incitation à la haine est un phénomène qui accompagne la confrontation israélo-palestinienne. Son arrêt ou du moins sa réduction significative est une condition à l'avancée des pourparlers politiques et une indication importante des intentions de l'Autorité palestinienne dans l'ère post-Arafat. Dans le cadre de la lutte entreprise par Abu Mazen pour changer la mentalité publique et mettre fin aux violences, on note un changement significatif des caractéristiques des émissions de la télévision palestinienne , qui s'exprime par une réduction de l'incitation . Toutefois, l'incitation est toujours présente dans les médias palestiniens et aucune mesure n'a encore été prise contre certains centres d'incitation, comme la rue palestinienne (graffitis, posters) , les mosquées et le système éducatif.

   
 

Qu'est ce que l'incitation ?

 

L'incitation consiste à encourager la haine (par divers moyens, dont la démonisation d'Israël et du peuple juif) et à prêcher des actions violentes , notamment terroristes. Elle peut s'exprimer par un appel explicite à des actions violentes ou parfois par des messages détournés et pernicieux , destinés à frapper l'inconscient. L'incitation se retrouve au niveau courant , au service d' objectifs immédiats (presse télévisée ou écrite, prêches dans les mosquées, posters et graffitis dans les rues) et au niveau fondamental et à long terme (système éducatif, jardins d'enfants, écoles, universités).

  L'incitation accompagne le conflit israélo-palestinien à toutes ses étapes et incarnations. Elle attise régulièrement le terrorisme et l'encourage de façon directe (appel explicite à la violence) et de façon détournée (par la création d'une base de haine de l'Etat d'Israël et du peuple juif sur laquelle repose et s'accroît le terrorisme). A l'ère Arafat, elle a été légitimée par la politique d'Arafat et ses déclarations particulièrement bien accueillies par la population palestinienne, attisant les violences depuis le début.
 

Dans ce cadre, la fin de l'incitation ou du moins sa réduction significative au niveau courant est une condition à la fin du terrorisme et aux pourparlers politiques et une indication importante des intentions de l'Autorité palestinienne à l'ère Abu Mazen.

 
Les médias palestiniens et autres centres d'incitation dans la conception d'Abu Mazen
 

Les médias palestiniens gouvernementaux, notamment la télévision, sont pour Abu Mazen un instrument important pour transformer la mentalité de la rue palestinienne et pour promouvoir un nouvel agenda civil-public . Abu Mazen aspire à faire cesser l'incitation à la télévision, à faire de cette dernière un média plus démocratique et moderne pouvant entrer en compétition avec les autres chaînes de télévision, notamment les chaînes câblées arabes. Abu Mazen est aussi conscient des difficultés inhérentes au « traitement » du caractère profondément enraciné de l'incitation, notamment au sein du système éducatif et dans les mosquées, où il pourrait se retrouver confronté au Hamas qui joue un rôle central dans l'incitation continuelle au sein de ces institutions.

 

Dans le cadre de cette conception, Abu Mazen a ordonné après la mort d'Arafat aux responsables des médias palestiniens de réduire la diffusion des émissions d'incitation . Après son élection à la tête de la présidence, il a continué à agir encore plus vigoureusement dans ce domaine. Il a de nouveau ordonné la réduction de l'incitation à la télévision palestinienne et sur les ondes de la radio Kol Palestine, et la fin du « culte du dirigeant » qui régnait à l'époque Arafat. De même, lors d'une visite dans les studios de la télévision à Gaza (30 janvier), le Premier ministre Abu Ala a appelé à une programmation plus « objective » et pluraliste.

 
Changements entamés à l'ère Abu Mazen au sein des divers centres d'incitation
  Durant l'ère Arafat les programmes de la télévision palestinienne étaient surtout consacrés à des sujets religieux, d'actualité et aux questions palestiniennes internes (prisonniers, Jérusalem, histoire), ainsi qu'à une couverture tendancieuse de la confrontation avec Israël. Ces programmes étaient accompagnés par des chants et des émissions d'incitation prônant la violence et la lutte armée contre Israël et montrant les auteurs des attentats (y compris ceux perpétrés en Israël) comme des héros et des modèles à imiter. Il faut souligner que durant l'époque Arafat, le degré d'incitation était symétrique au niveau du terrorisme palestinien et aux actions antiterroristes de Tsahal.
  Depuis l'élection d'Abu Mazen et le sommet de Charm el Cheikh, Abu Mazen a énoncé des messages positifs , antithèses des messages d'incitation, appelant à la reprise du processus de paix et à la « fin des violences israéliennes et palestiniennes, où que ce soit » (télévision Al-Jazeera, 8.2.2005). Concrètement, plusieurs changements se font en effet ressentir dans les programmes de la télévision palestinienne :
    Réduction significative de la diffusion des chants d'incitation ; à l'ère Arafat, ces chants étaient diffusés en moyenne 15 fois par jour, et parfois 30 au moment de certaines opérations de Tsahal. A l'ère Abu Mazen, la diffusion de ces chants a été réduite de façon significative , avec 3-5 diffusions par jour ces dernières semaines. A la place des chants d'incitation sont diffusés des chants nationalistes, des concerts et des danses. Depuis quelques jours, aucun chant d'incitation n'a été diffusé.
    La diffusion de programmes de soutien à la politique d'Abu Mazen : des articles soutenant la politique d'Abu Mazen ont été publiés dans les médias palestiniens, exprimant l'espoir face à la reprise du processus de paix. A la télévision, des émissions d'actualité ont été diffusées, notamment des témoignages de citoyens prônant le calme et le retour à la routine. Ainsi, on a pu voir des habitants de la bande de Gaza faire part de leur soutien au déploiement des forces de sécurité dans la bande de Gaza et dénoncer les tirs de Qassam et l'existence des tunnels de contrebande (voir ci-dessous).
   
Messages positifs dans les médias palestiniens
Des habitants dénoncent l'existence des tunnels dans le cadre des programmes de soutien à la politique d'Abu Mazen ( télévision palestinienne , 2 février 2005). Les habitants ont fait part de leur satisfaction suite aux mesures prises par les forces de sécurité et ont dénoncé l'utilisation de ces tunnels faite par certains pour le trafic de drogue ( Al-Ayam , 7 février 2005).
Soutien des résidents locaux au déploiement des forces de sécurité dans la bande de Gaza
(télévision palestinienne , 31 janvier 2005)
   

Evolution du caractère des émissions : dans le cadre de la programmation de la télévision palestinienne, une place plus importante est désormais accordée aux émissions culturelles, folkloriques, de divertissement et de loisir (sport, jeux, internet, etc .), en parallèle à la poursuite de la diffusion de programmes à thèmes nationaux . De même, le phénomène du « culte du dirigeant » qui caractérisait l'époque Arafat a diminué, et l'accent est mis sur l'importance de l'existence d'un état de droit.

   

Evolution de la terminologie : il a été demandé aux dirigeants de la télévision de cesser de recourir à des termes hostiles, comme « l'ennemi sioniste » ou « les forces d'occupation israéliennes » . Concrètement, aucun changement significatif dans la terminologie et dans le « ton » adopté envers Israël n'a été noté pour le moment (les forces de Tsahal sont toujours qualifiées de « forces d'occupation israéliennes » et les opérations israéliennes sont toujours qualifiées d'actions « des autorités d'occupation ». Par contre, l'expression « ministre de la Guerre » qui se rapportait au ministre de la Défense a été remplacée par « ministre de l'Armée. »)

   
Le dirigeant de la télévision palestinienne Maher El-Rais explique au correspondant de la Deuxième chaîne israélienne qu'il a été décidé de changer la terminologie employée à la télévision palestinienne. Concrètement, des changements significatifs n'ont pas été notés dans le ton employé ( télévision israélienne, Deuxième chaîne , 21.2.2005).
   

Publication de caricatures hostiles à Israël dans le quotidien de l'Autorité palestinienne  : des caricatures prônant la haine d'Israël et délégitimant ses intentions pacifiques sont encore publiées dans la presse palestinienne. Oumaiya Joha , populaire pour ses caricatures venimeuses qui soutiennent le terrorisme 1, continue de se voir attribuer une tribune dans le quotidien de l'Autorité palestinienne « Al-Hayat Al-Jadida » (voir ci-dessous un extrait des caricatures d'Oumaiya Joha).


1 Les idées politiques d'Oumaiya Joha sont proches du Hamas. Son mari était membre de la branche armée du Hamas et a été tué dans des affrontements avec des soldats de Tsahal en 2003.
   
Le Premier ministre Sharon Israël
provoque la guerreaspire à la destruction


Oumaiya Joha, « Al-Hayat Al-Jadida », 18.1.2005

Israël provoque la guerre

Oumaiya Joha, « Al-Hayat Al-Jadida », 16.1.2005

   

Le Premier ministre Sharon
est comparé au tsunami

Incitation par le biais de mensonges : Israël est accusé de la mort de Nouran Deeb


Oumaiya Joha, « Al-Hayat Al-Jadida », 15.1.2005


Titre de la caricature d'Oumaiya Joha  : La crédibilité d'Israël. La caricature accuse Israël du meurtre de l'enfant Nouran Deeb, tuée le 31 janvier à Rafah ( « Al-Hayat Al-Jadida » , 1.2.2005).

  Un exemple de la réduction partielle de l'incitation se trouve dans les sermons du vendredi du cheikh Ibrahim Mudeiras , important prêcheur de Gaza proche du Hamas. Ses sermons, qui comprennent généralement des messages d'incitation virulents (parfois à caractère antisémite ) sont retransmis en direct à la télévision palestinienne, supervisée par l'Autorité palestinienne. Ces dernières semaines :
    Le sermon du vendredi 28 janvier a notamment été consacré à expliquer au public l'importance du repos et le besoin du « repos du guerrier » , selon les termes de Mudeiras. Dans le sermon de la fête du sacrifice prononcé en présence d'Abu Mazen (20 janvier), Mudeiras a prôné la promotion d'un nouvel ordre du jour au sein de l'Autorité palestinienne et a condamné « l'anarchie des armes » en citant des arguments religieux.
   

Dans le sermon du vendredi 4 février, Mudeiras a toutefois insisté sur le fait que les Palestiniens n'ont pas renoncé aux terres de 1948. Il a souligné devant les fidèles que les Palestiniens retrouveront leurs terres dans le cadre du processus politique, même si cela n'a lieu que dans les générations futures. «Cela ne signifie pas que nous avons renoncé à Jérusalem, Haïfa, Jaffa, Lod, Ramle et Tel-Aviv. »

   

Le cheikh Ibrahim Mudeiras : modère «(temporairement ?) ses appels à l'incitation tout en soulignant que les Palestiniens retrouveront leurs terres de 1948 par tous les moyens ( télévision palestinienne, 4 février 2005)

  Le ministère palestinien de l'Education a ordonné aux écoles de Judée-Samarie de cesser d'avoir recours à une terminologie hostile envers Israël (utilisation des expressions telles « armée d'occupation »). On ignore quand et comment ces directives seront mises en place.
 
Que reste-t-il à faire ?
  Les changements effectués jusqu'à présent par Abu Mazen dans le domaine de l'incitation sont superficiels et ne doivent être perçus comme que un préambule. Ces changements ne sont pas la preuve des tentatives de l'Autorité palestinienne de faire évoluer en profondeur la perception de la relation avec Israël par le public palestinien à court terme et bien sûr à long terme.
  Les Universités et les mosquées demeurent des centres d'incitation importants. Durant les violences, l'incitation aux actions terroristes accompagnée de messages de haine envers Israël y était abondamment prônée, tandis que les auteurs des attentats jouissaient du statut de modèles à imiter . Un véritable effort n'a pas été fait pour traiter ces centres d'incitation.
  Par exemple :
    Ces dernières semaines, l ' incitation dans les mosquées du Mont du Temple par des dignitaires religieux recevant leurs salaires de l'Autorité palestinienne se poursuit (exemple du cheikh Arama Tsabari , le Mufti de Palestine). Ces dignitaires religieux « noircissent » Israël de façon méthodique (parfois sur une base mensongère ) et le montrent comme celui qui complote sans arrêt contre les Palestiniens (messages de haines qui créent le fondement conscient de la poursuite des violences contre Israël).
    Le « noircissement » d'Israël par des membres de l'Autorité palestinienne, parfois sur une base mensongère, se poursuit dans la presse palestinienne : ainsi «  Al-Hayat Al-Jadida  » a récemment publié (4.2.2005) un communiqué de «la section d'orientation nationale » de Ramallah qui demande à tous les citoyens de ne pas s'approcher des colis suspects et des mines. Selon le communiqué, ceux-ci ont été posés par « les forces d'occupation » ou les résidents des implantations dans plusieurs régions, y compris dans des secteurs habités, à proximité des écoles et des terres cultivées . La raison : « les forces d'occupation veulent faire pression par tous les moyens sur les Palestiniens pour les forcer à se séparer de leurs terres  ».
 
En conclusion
 

La conclusion qui émane de cet aperçu est que jusqu'à présent Abu Mazen et d'autres officiels de l'Autorité palestinienne ont énoncé des messages positifs et un début de changement se fait concrètement ressentir au niveau de l'incitation. Cependant les mesures prises jusqu'alors par l'Autorité palestinienne ne sont que superficielles. Par la suite, afin de faire cesser l'incitation et de modifier en profondeur la perception d'Israël par la population palestinienne, l'Autorité palestinienne sera obligée de traiter du phénomène de l'incitation de façon plus effective, à un niveau plus large et à plus long terme :

    A court terme :
   
  1. Accentuer les changements dans les médias palestiniens : continuer à diffuser des messages positifs émanant des officiels de l'Autorité palestinienne, réduire la programmation des chants et des émissions d'incitation, cesser de noircir Israël et revoir la terminologie employée au sujet d'Israël.

  2. « Nettoyer » les rues des messages d'incitation : retirer des rues et des bâtiments publics (y compris aux environs des écoles) les posters et les « graffitis » qui encouragent la haine, la poursuite de la violence et transforment les « martyrs  » en modèles.

  3. Mettre un terme à la production et à la diffusion de livres, cassettes et disques (dont une partie est importée de l'étranger) qui prônent la haine et la poursuite de la violence.

  4. Fin de l'incitation dans les mosquées et surveillance plus accrue par l'Autorité palestinienne des sermons, notamment de ceux assimilés au Hamas , (comme le pratiquaient dans le passé les services palestiniens de sécurité.)

    A long terme :
   
  1. Fin de l'incitation à la haine et au terrorisme dans le système éducatif (formel et informel) des jardins d'enfants aux universités).

  2. Correction des contenus et des messages dans l'éducation et la culture (livres, livres d'étude, littérature, poésie, théâtre).

 
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